Gueckédou et ses catastrophes historiques

 Gueckédou le paradis hier, aujourd'hui enfer calme.

KAMANO Faya Kobanga Dambo




La préfecture de Guéckédou


La préfecture de Guéckédou, située dans la région de Nzérékoré (Guinée), est subdivisée en 12 sous-préfectures : Guéckédou-Centre, Bolodou, Fangamadou, Guendembou, Kassadou, Koundou, Nongoa, Ouèndé-Kènèma et Tekoulo.

Guéckédou peut être qualifiée de ville-champignon. Entre 1983 et 2008, sa croissance a été fulgurante. En 1983, ce n’était qu’une petite bourgade de 2 800 habitants. En 1996, elle comptait déjà 79 140 habitants, et en 2008, sa population atteignait 221 715 habitants, soit une hausse moyenne annuelle de 8,56 %. Elle est ainsi devenue la troisième ville la plus peuplée de Guinée, après Conakry et Nzérékoré, et devant Kankan.


Guéckédou avant l’an 2000

Autrefois considérée comme un havre de paix, une ville convoitée et admirée, Guéckédou était un véritable centre d’affaires. Mais en 2000, elle a connu les attaques rebelles, qui ont anéanti son développement socioéconomique.
Vingt ans plus tard, la ville peine encore à se relever de ce drame et garde l’image d’une ville fantôme, malgré quelques activités qui tentent de redonner vie à son économie.


La guerre de l’an 2000

La Guinée n’avait jamais connu la guerre, mais le 5 décembre 2000, des rebelles venus du Liberia et de la Sierra Leone ont attaqué Guéckédou. La ville fut presque détruite, et aucune armée régulière n’a pu stopper leur avancée. Seuls quelques jeunes volontaires ont résisté, mais en vain.


Les épidémies

  • Le VIH/Sida : plus de 2 000 personnes ont succombé au Sida dans la préfecture.
  • Ebola : en décembre 2013, plus de 150 familles ont été touchées par l’épidémie. Selon l’OMS, l’Afrique de l’Ouest a connu plus de 28 000 cas, dont plus de 11 000 décès. Beaucoup estiment que ce bilan est largement sous-évalué.

Les conflits sociaux

Chaque année, la ville est marquée par des affrontements entre forces de l’ordre et jeunes, entraînant pertes humaines et matérielles.


La corruption

Si certains accusent le gouvernement d’avoir abandonné Guéckédou, il faut aussi reconnaître que certains dirigeants locaux bloquent les projets financés par l’État.

Témoignage – Albert Sirafa Yombouno (mouvance présidentielle) affirme :

« Ce qui menace la paix à Guéckédou, ce sont les agents de sécurité et l’impunité de ceux qui détournent les deniers publics. (…) L’hôpital a reçu une enveloppe de 14 milliards 875 millions FG, mais le directeur n’a déclaré que 4 milliards. Ce scandale a soulevé la colère des jeunes. »


La fuite de la jeunesse

Chaque semaine, plus de 130 jeunes quittent Guéckédou pour se rendre dans les zones minières de Siguiri et Mandiana, à la recherche d’un avenir meilleur. La ville s’appauvrit et l’espoir disparaît.


Absence de porte-parole

Beaucoup de citoyens affirment que Guéckédou n’a pas de représentant pour défendre ses intérêts, alors même que 45 % des hauts cadres guinéens sont originaires de cette préfecture.


Infrastructures délaissées

Les routes inter-villages sont aujourd’hui impraticables. Autrefois, les jeunes s’entraidaient pour construire ponts et pistes, mais ces initiatives ont disparu.


Planification familiale

À Guéckédou, plus de 60 % des naissances sont non planifiées. Beaucoup de parents abandonnent leurs enfants, qui deviennent vulnérables à la misère et à la délinquance.


Les jeunes filles mères

Près de 15 % des adolescentes deviennent mères dès 14 ans, sans expérience ni moyens pour assumer cette responsabilité. Cela entraîne souvent abandons ou infanticides.


Structure sociale

Avec l’abandon progressif des mœurs et traditions de la communauté Kissi, la société locale connaît une désorganisation sociale et culturelle.


La sorcellerie traditionnelle

La communauté Kissi est connue pour ses pratiques mystiques (Pomnda, Cricri, etc.). Ces croyances, utilisées autrefois comme des armes de pouvoir, sont souvent perçues comme un frein au développement scientifique et intellectuel.


✍️ Texte rédigé par Fallo Köbanga Kamano Dambo
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